Couleurs - textes

Extraits d’un texte de Michel Bitbol

La question surgit : comment Birgit Alm-Pons a-t-elle su ? Comment est-elle parvenue à montrer, par ses couleurs-textes et ses lumineux éclats sédimentaires, ce qui cherche en ce rauque début de vingt-et-unième siècle à se dire ? Je veux parler de l’opacification déjà consommée de la fenêtre représentative, laquelle, faux-semblant, promettait le diamant de l’essence ou le néant de la mimésis. De la perte d’autorité des plates immanences chromatiques, aussi bien que des ontologies de la présentation pure. Et, entre-deux, des interstices d’inconnaissance, où une eau lacunaire laisse étinceler les velours moirés des virtualités à naître [...]

Précisons, visitons. Pourquoi Birgit Alm-Pons encre-t-elle les craquelures sinueuses d’une “peinture écriture” livrée aux dépôts alluviaux des fragments épistolaires ? Pourquoi récupère-t-elle, du vitrail, les plombs noircis, les cieux et les tables aux combinatoires alphabétiques ? Sans doute parce que, comme l’indique Hans-Georg Gadamer, avec l’écrit le legs de la parole demeure indéfiniment contemporain du légataire. Parce qu’une simultanéité sourde l’agrippe, strident, à chaque détour de l’histoire ; à moins qu’un désastre culturel latent ne l’appesantisse soudain d’une patine archaïque qui le rende illisible [...]